Ma nuit avec Christine and the Queens

Christine and the Queens

Note au lecteur: il va sans dire qu’une retranscription écrite ne saurait à elle seule restituer la chaleur humaine (^^) présente durant cette entrevue. Aussi, je n’ai pas jugé utile ni réaliste de noter tous les rires et sourires échangés à cette occasion. Si vousconnaissez Christine, vous saurez les retrouver dans ses propos. 

– Bonsoir Christine !

– Bonsoir, ça va ?

– Ca va plutôt bien, ravie que tu aies accepté de passer un peu temps ici, dans ta course folle.

– Oui, c’est presque une course effrénée ! C’est vrai que c’est très physique depuis quelque temps. J’aime ça et en même temps je sens bien qu’il faudrait pas non plus que ça dure trop longtemps. Faudrait pas que ça devienne une habitude.

– C’est ça le succès, que veux-tu ! Tu pourrais habiter la moitié de l’année aux USA, l’autre moitié en France ? Ca règlerait une partie du problème, prendre l’avion et subir le jetlag.

– J’y ai pensé effectivement ; évidemment ça supposerait que j’aie…un succès relatif là-bas – ça y est je me prends pour Beyoncé ! Et puis ça supposerait plein d’autres choses, j’ai tendance à anticiper et à fantasmer pas mal mais pour le moment j’ai encore un peu les pieds sur terre.

– Et les chevilles très fines, qui rentrent encore dans tes chaussures !

– Oui oui, c’est une sorte de test pour moi : si je commence à me sentir à l’étroit, je saurai que j’ai vraiment un gros problème d’égo. J’espère ne pas en arriver là, du coup depuis le début je porte quasiment toujours la même marque ou le même modèle. Si on me voit porter des tongs un jour sur scène, on saura pourquoi !

– En attendant, quelle performance physique ! Personnellement, je ne pourrai pas accomplir le dixième de ce que tu fais physiquement pendant le spectacle, principalement car mes pieds seraient en sang au bout de dix minutes.

– Je reconnais qu’il ne faut pas avoir peur de souffrir – souffrir pour son art, pour son public, c’est beau non ? – mais il faut surtout avoir de bonnes chaussures. C’est ça le secret.

– Tu vas te faire sponsoriser ? – (rire) Euh…non, je ne pense pas, ce serait facile remarque, on photographie pas mal mes pieds. Et puis on sait jamais, s’il me prenait l’envie de changer mon personnage pour lui faire porter des chaussures à talon comme les vraies queens…il faudrait une marque qui fasse vraiment de tout. Ouh lala, on est parti dans des considérations matérialistes.

– C’est vrai, mais ça fait sûrement aussi un peu partie de ton quotidien désormais non ? Même si tu as des gens autour de toi qui « gèrent » (je déteste ce mot) tout l’aspect marketing/merchandising….est-ce que tu as l’impression qu’il y a maintenant tout un système Christine ?

– Non, je reste lucide : je ne suis pas Michael Jackson –et je ne le serai jamais- et même en dehors de ça, rien n’est fait. Le deuxième album n’est pas sorti, je ne sais pas du tout comment le public réagira, s’il continuera à me suivre. Donc non, y’a pas de système. Même si le nombre de gens qui s’occupent de ma petite personne a augmenté, et pas mal augmenté même vu qu’au tout début j’étais seule avec mon ordinateur, ça reste à taille humaine. Et surtout ce sont des gens que je connais vraiment bien, quasiment tous, que j’ai presque tous choisis moi-même ou sur les conseils de personnes qui me connaissent bien. Ce fait que ce « petit monde » à la rigueur, autour de Christine, est en symbiose avec le projet. C’est pour ça aussi que ça fonctionne (enfin, jusqu’ici ça fonctionne plutôt pas mal). Par contre, qu’il y ait plus de gens qui se reconnaissent dans Christine, donc plus de Christine, ça oui je le constate et ça me plaît autant que ça me surprend.

– Alors justement, qu’est-ce qu’il faut avoir ou pas, pour être dans ce projet ?

– Il faut avoir la classe, une certaine personnalité singulière mais qui ne me porte pas trop ombrage, un style très soigné, beaucoup d’humour, des relations… (rire) C’est difficile à dire, ce sont les rencontres qui font que les gens se greffent ou pas au projet. Je vais répondre par la négative, ça sera plus facile : comme j’ai une certaine tendance à tout contrôler, j’aurais du mal à travailler avec quelqu’un qui me bride, qui transforme le projet (que ce soit au niveau musical, scénique, ou bien du managing), qui l’éloigne trop de mes aspirations. Donc j’aime réunir autour de moi des gens qui comprennent ce que je veux projeter, qui sont capables d’amener leur énergie au projet, avec leur propre vision. C’est somme toute assez banal en fait, c’est juste enrichir la base que moi j’ai posée.

– Dit comme ça, ça paraît effectivement presque trivial et pourtant quand on regarde ce qui est visible, la face émergée pour nous les fans, on voit principalement des musiciens au taquet et des danseurs bluffants.

– C’est vrai qu’ils sont forts, ils sont très forts !

– Que des hommes. Il pourrait y avoir une autre fille un jour ?

– Hum, je sais pas. Comme je suis toute petite j’ai pris des danseurs hommes bien plus grands que moi…pourquoi pas, mais bon étant donné que Christine est une fille qui aimerait se faire passer pour un drag queen et donc s’entoure d’hommes, pour le moment ça reste comme ça. Et puis je travaille avec une chorégraphie, même si on la voit pas sur scène, elle est bien là dans la mise en scène. Pour les musiciens, si ça avait été des filles, ça ne m’aurait pas dérangée mais voilà, c’est sûr que j’ai croisé beaucoup plus d’hommes pour le moment dans les studios d’enregistrement, les productions…à mon grand regret d’ailleurs.

– Tu feras sans doute partie de ces filles qui font avancer les choses, puisque tu manies avec facilité les différents aspects de ton projet : compositions, production, scénographie…tu penses toujours à faire de la production ? Tu vois ça se réaliser dans un futur proche, ou bien tu te laisses le temps de faire ce deuxième album très attendu ?

– Oh hé bien oui j’y pense toujours oui, ça me travaille beaucoup. J’écoute et je rencontre des artistes qui me donnent envie de me lancer là-dedans, de créer du son sur mesure, de le peaufiner. C’est un travail qui m’attire, que j’ai découvert sur la réalisation du premier album (enfin de mon album ! la fille qui parle comme si elle en avait déjà plusieurs, tu sais !) et j’aimerais approfondir ça. Donc certainement que j’essaierai de prendre un peu plus les rênes de la production sur le prochain album, et après le grand saut si je suis prête ! Et si j’ai des projets qui se présentent ! Oui, c’est pas le tout de vouloir produire, il faut aussi que les gens acceptent que ce soit moi qui les produise.

– Tu préfèrerais que Kanye West te produise, ou bien que tu produises Kanye West ?

– Ouhouhou, la question ! Pfff…si je préfère qu’il me produise ou que je le produise…hum, actuellement, je vais répondre raisonnablement hein, je suis plutôt dans le rêve qu’il me produise, et c’est un rêve ou même un fantasme. Evidemment j’aimerais les deux, je veux tout moi.

– Ca, on l’avait bien compris. C’est sans doute cette férocité, cet appétit qui t’a permis de te hisser là où tu en es aujourd’hui, je pense que tu es une très grande ambitieuse, très très carrée, et complètement barrée dans la façon dont tu apparais artistiquement au public. Et ça, c’est quand même des qualités qu’on retrouve chez toutes les stars qui t’ont inspirée non ?

– Euh, oui…merci. Je sais plus quoi dire là, ça fait beaucoup de compliments à la fois ! Disons que je sais clairement ce que je veux. Depuis le début j’ai en tête les shows à l’américaine, les personnages façon Bowie, les chorégraphies de Michael Jackson…tout en sachant que je ne leur arrive pas à la cheville, je fais juste mon petit chemin à moi avec Christine. Mais oui, j’ai toujours eu ces gens-là comme références et ça m’a guidée. Comme on m’a souvent dit : « fake it till you make it », c’est terriblement vrai. Ca marche hein, faut le dire aux gens : ça marche ! Bon, je sais pas si on peut faire semblant de gagner au loto pour que ça arrive vraiment…mais moi j’ai gagné mon gros lot comme ça !

– Avec énormément de travail quand même. Le talent, c’est une chose, le don aussi, mais si on ne le cultive pas, on n’en tire pas grand chose.

– Certes, d’ailleurs je crois que je suis workaholic. Je ne suis jamais aussi bien que quand je travaille comme une dingue. Ca m’éloigne de la réalité, de ma vie de tous les jours, ça me permet de vivre une autre vie en somme.

– Est-ce qu’avec le recul, tu es contente (je ne vais pas aller jusqu’à dire reconnaissante) que tes profs de théâtre t’aient bridée et t’aient éloignée de ce parcours initial ?

– Alors, je n’ai pas l’esprit de vengeance…Je leur en ai beaucoup voulu, et il y a des points sur lesquels je sais que j’avais raison de défendre mes intérêts, comme par exemple le fait que le milieu de la mise en scène soit misogyne. J’en ai parlé parce que ça s’est passé comme ça, et parce que j’espère quand même que les choses évolueront. Et puis avec le recul, je me dis que les choses devaient se passer comme ça ; je n’irais pas leur dire merci, je crois que c’est un ensemble de choses : ça se passait mal au théâtre et ça se passait mal dans ma vie personnelle – mais l’un n’explique pas l’autre et vice versa. En fait, dès que j’ai entrevu la possibilité de construire un projet musical, j’ai presque oublié toute cette sorte de mésaventure. C’est la musique qui m’a permis de dépasser, de sublimer tout ça. Bon ma réponse est une réponse de Normand, j’en veux à personne en particulier, à la rigueur j’en veux à ces normes, une fois de plus.

– Donc il y eut la Christinothérapie. Pour toi d’abord, pour le public maintenant…

– Oh, c’est joli ! Je pourrais mettre une plaque en bas de chez moi tu sais : Christinothérapie, consultation sur rdv.

– A présent, c’est des milliers de gens qui se reconnaissent en toi, de mille façons, et qui disent se sentir mieux depuis qu’ils t’écoutent. C’est quand même phénoménal, même si je sais que tu te méfies de ce mot.

– Oui alors, être un phénomène, ça me fait un peu peur c’est vrai. Pourtant, être un freak, c’est justement être un phénomène. La question est de savoir ce qu’on en fait : est-ce que le phénomène va s’inscrire dans la durée, donc rester un phénomène pour les gens, est-ce qu’il va finir par faire partie du paysage ambiant, de la norme finalement, malgré lui, donc s’intégrer contre son gré…j’espère que je continuerai à interroger, d’une façon ou d’une autre. J’ai pas envie de devenir lisse, le danger ce serait que je m’enferme ou qu’on m’enferme dans une image. J’ai besoin de surprendre, de me surprendre moi et les autres.

– Pas de souci, on compte sur toi là-dessus et on sait que le défi sera relevé, puisque finalement, la transformation c’est ton moteur, depuis le début non ?

– Oui oui, c’est juste, c’est ça qui m’anime. Ca m’intéresse pas d’être moi, dans mon état civil de tous les jours.

– Oups, il se fait tard et j’ai rien à te proposer à grignoter…sinon de la compote à boire (ça c’est pour pas dire le nom de la marque) !

– (rire) Ah ben ça me va très bien ! Je mange un peu plus varié quand même, maintenant que je dois assurer pas mal de scènes. J’ai compris que le régime nuggets-compotes-jus d’orange, ça faisait pas de muscles !

– Rassure-moi, tu n’envisages pas de te transformer comme les culturistes ??

– Non non, j’en suis loin, j’ai de la marge, ça va. Je voudrais juste m’étoffer un peu. Si tu regardes Madonna, Beyoncé, tu vois qu’elles font ce qu’il faut pour danser longtemps. Je voudrais juste augmenter mon capital biceps-triceps pour me permettre de chanter sans me préoccuper du reste.

– Tu sais déjà à quoi va ressembler le visage de Christine pour ce deuxième album ?

– Oh, il ne va pas être si différent de l’actuel ; non les changements je les pense plutôt dans l’attitude, le phrasé sur les textes. Physiquement, je compte encore sur le costume pour rester neutre, mais certaines gestuelles vont être plus appuyées, je voudrais accentuer certains traits. J’en dis pas plus, parce que ça serait dommage d’annuler la surprise et puis je suis pas encore totalement fixée sur tous les points.

– Très bien…on échappera donc à la Chrisbarre avec lunettes noires et Gitane…

– Ah, j’y ai vaguement pensé, mais déjà que je suis très myope, les lunettes noires ça me paraît pas adapté, et je suis même pas capable de fumer alors. Et puis bon, il me faut un modèle à moi, Gainsbarre est un personnage qui m’inspire beaucoup c’est vrai, mais je veux réinventer Christine à ma façon. Ca me plaît qu’on puisse reconnaître certaines influences, c’est flatteur, cela dit on a vite fait de tomber dans les clichés ou dans une pâle copie. C’est pour ça aussi que je veux que ça reste très personnel, je n’aime pas être catégorisée. Alors c’est paradoxal, parce que quand on est dans le flou, on peut croire que c’est difficile de s’identifier, et pourtant au contraire, le plus grand nombre peut s’y reconnaître vu que les influences sont variées, au niveau du chant, de la langue…

– J’adore, j’ai même pas posé de question et j’ai une réponse de dix lignes !

– Ah oui je sais, pardon je parle trop ! Je suis intarissable à mon sujet en fait, c’est terrible.

– Je savais que ce serait comme ça ; tu ne parles pas trop, tu parles bien et c’est trop rare pour qu’on s’en plaigne. Du coup, est-ce que tu penses exploiter la langue parlée de nouveau, en dehors d’un format disons rap ?

– Hum, sur scène ?

– Oui, je sais pas…tu parles pas mal sur scène, est-ce que tu envisagerais par exemple une mise en scène théâtralisée, un genre de spectacle-conte ou…comédie musicale, je ne sais pas…je pense à voix haute…ou bien un clip-film ?

– Pour l’instant, les moments parlés, c’est quelques petites impros de rap entre ou dans les chansons- j’en fais pas plus parce que bon, dans ma salle de bains j’ai l’ai ridicule alors je limite un peu. Et puis les interventions entre les chansons, c’est de l’échange avec le public. Même si je commence à avoir un stock de blagounettes plus ou moins efficaces, je veux que ça reste spontané : c’est beau l’imperfection, c’est ça qui crée la magie du moment.

– Dans ton spectacle actuel, est-ce que tu pourrais donner la proportion d’impro par rapport à tout ce qui est rodé ?

– Oh, ce serait difficile…on doit être à 90 sinon 95% de préparé hein. On peut pas passer à côté, tout est écrit à l’avance dans ma tête. Y’a quand même beaucoup de moments totalement libres, de plus en plus même, ça vient souvent du public d’ailleurs et ça me surprend toujours. Il y a des soirs, il m’arrive des trucs un peu improbables, parfois je sais pas comment je dois le prendre !

– Par exemple ?

– Oh, ben des gens qui me donnent des objets, alors j’ai eu des tas de choses : des casquettes, des marionnettes du Muppet Show, des fleurs aussi. Je crois qu’on a dû booster les ventes chez Interflora, entre moi qui dois avoir un bouquet chaque soir et les gens qui en achètent pour me les donner ! Bon ça va, pour le moment j’ai beaucoup de marques d’affection, des choses vraiment mignonnes et surprenantes. Oui, je crois que j’ai dû dire parfois trop de bêtises en interview ou je sais pas…faut que je fasse attention là, à pas dire n’importe quoi, des fois que je me retrouve avec des paquets de Nesquik!

– C’est ça la rançon du succès ! De toute façon, les réseaux sociaux se sont emparés de toi, il faut voir le nombre de likes pour ta page facebook ou les vidéos youtube associées à ton nom…sans compter les reprises de tes titres, ça va de l’amateur dans sa petite chambre, aux artistes confirmés comme Charlie Winston.

– Ah bon ? – Oui oui, il a fait une reprise a capella de Saint Claude à Stéréolux, tu peux trouver la vidéo mise en ligne par un spectateur sur youtube.

– Ah je savais pas…peut-être que je devrais reprendre une de ses chansons sur scène aussi alors, pour le remercier ?

– Ah ben si tu veux, mais je suis pas sûre que ce soit ce que le public voudrait entendre. D’ailleurs merci d’avoir inclus dans ta setlist Amazoniaque, pour moi c’est une pépite à la base et ta version est encore plus belle. Cette chanson est hypnotique, on est vraiment happé quand tu la chantes.

– Merci ! J’aime beaucoup Yves Simon, dans ses textes y’a souvent l’évocation du voyage, et bizarrement pas de notion du temps. Ca donne effectivement des textes assez planants et intemporels. J’aime ça, l’intemporalité dans les textes, qui fait qu’on peut les reprendre comme on veut, ça sonnera toujours, ça fera toujours écho chez quelqu’un puisque ça n’est pas rattaché à un contexte particulier.

– Dans cinquante ans, tu voudrais qu’on écrive quoi comme article wikipédia sur toi ?

– Outch, dans cinquante ans, ouhlala….déjà si je suis encore connue dans cinquante ans, si on ne m’a pas oubliée, ça sera pas mal ! Je me sens déjà vieille par moments, des fois très jeune, j’ai du mal avec l’âge. Donc au final, cet article dans cinquante ans n’a pas plus d’importance pour moi que celui qu’on pourrait faire dans un an. J’espère juste durer.

– Bon, alors je tourne ma question différemment : comment voudrais-tu te présenter en tant qu’artiste, à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de toi ? Un genre d’extraterrestre en somme ?

– Moi l’extraterrestre ? Ah oui, sûrement !

– Non, l’autre personne qui n’aurait jamais entendu parler de toi !

– Ah, d’accord, d’accord. Bon je te rassure hein, je crois qu’il y a une majorité de gens sur terre (et ailleurs) qui n’ont jamais entendu parler de moi, heureusement. Hum, j’ai pas l’habitude de me présenter, j’aime bien faire ce que j’ai à faire et le message passe. Mais bon, j’ai appris à faire ces présentations aussi : quand il fallait passer des auditions, me présenter quand j’étais toute seule sur une scène ou même quand je faisais des premières parties – je devais expliciter un peu le projet, même si ça m’est arrivé de ne rien dire ou presque et de laisser les gens un peu décontenancés, ça me plaisait au fond. Alors qu’est-ce que je dirais ? Hum…mon projet est musical et scénique à la fois, j’aime mêler les genres dans tous les sens du terme. Vous pouvez essayer de me classer mais j’espère que vous n’y arriverez pas. Christine est là pour vous dire que vous pouvez être qui vous voulez être, sans code, sans norme, simplement exister sans craindre le jugement des autres. Elle défend une certaine idée de la féminité et de la liberté.

– Voilà- hum, je sais pas ce qu’en penserait ma manageuse !

– On voit que tu as l’habitude. Peut-être que le message changera un peu dans cinquante ans, peut-être pas. Puisque tu as tous les âges, tu auras remarqué que ton public aussi.

– Oui ! Je suis surprise de ça, et ravie aussi. En fait plus ça va, plus le public semble mélangé, varié. Ca me plaît, de constater qu’on peut faire quelque chose de populaire avec un concept au départ plutôt très très particulier, enfin je veux dire qu’a priori j’étais pas la bonne cliente pour NRJ. Comme quoi !

– Comme quoi, les codes, il ne faut jamais s’y fier !

– Oui, voilà.

– Hum, j’ai pas de code pour terminer…alors juste un grand merci Christine d’avoir pris le temps de venir nous parler avec tant de gentillesse et de simplicité. On a hâte d’entendre d’autres blagounettes pendant les concerts et d’autres titres aussi bien sûr.

– Oui, je crois que le créneau humoriste n’est pas totalement pour moi.

– Qui sait, tu es tellement surprenante…bonne route aux States et comme tu le dis si bien, be freaky !

– Merci ! Be freaky !

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Chère Christine, pour finir je voulais te remercier. Ca risque d’être long, heureusement que l’écrit est là pour ça, parce qu’entre les bafouillements potentiels et la longueur, ça aurait été bien compliqué de te dire tout ça de vive voix. Ca m’arrive parfois de regretter et de m’en vouloir de ne pas t’avoir découverte avant les Victoires de la musique. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir habité au bon endroit et d’avoir eu les bonnes lectures : vivre pendant 3 ans à Nantes et lire Télérama ne m’ont pas empêchée de passer à côte de toi…j’ai souvent la nostalgie de Nantes, ville ouverte sur tellement de possibles. A contrario, c’était assez invraisemblable que je me relève à 1h du matin pour allumer la télé et tomber sur ce documentaire après les Victoires, au moment exact où il s’arrêtait sur toi. Moi aussi je me suis arrêtée. Je crois, pour en avoir parlé avec d’autres, qu’on a tous plus ou moins eu la même réaction : « c’est qui cette fille ?? » Je crois que c’est le mouvement qui m’a tout de suite séduite : enfin quelqu’un qui osait danser vraiment, et pas simplement tenir un micro en se figeant sur place. La musique m’a parue suffisamment envoûtante pour me donner envie d’en écouter davantage, et quelques répliques teintées d’humour ont confirmé que oui, là je tenais une sacrée découverte, ce que ne démentaient pas les propos dithyrambiques d’Olivia Merilahti. C’était un 14 février. Avoue Christine, tu l’as fait exprès, de choisir un soir de Saint-Valentin  pour récolter des paquets entiers de fans! Dès le lendemain j’ai tout vu tout lu à ton sujet sur le net. Grand bien m’en a pris, puisqu’un an plus tard, c’est légèrement plus compliqué de faire une revue de presse quotidienne de ton actualité débordante…reste l’essentiel, l’essence justement. Tu es arrivée au bon moment, pour me (nous) réveiller. La grâce du démiurge. Assurément, tu n’es pas de ce monde. Quelque chose nous dépasse, ça s’appelle le génie je crois. Le tourbillon qui t’emporte n’altère en rien ton intégrité, et pour ça mille mercis : ton écoute attentive, ta gentillesse naturelle, rendent d’autant plus déconcertante la facilité avec laquelle tu accomplis des prouesses scéniques. Merci d’exister, plus haut, plus fort, merci d’avoir l’ambition généreuse. Source photo : Franck Dubray http://www.ouest-france.fr/victoires-de-la-musique-2015-qui-pour-detroner-la-reine-christine-3182577

Chaque instant est précieux

La conscience de chaque instant est un bien précieux.

Pourquoi faut-il toujours que ce soit la mort qui nous rappelle l’urgence de vivre?

Plus vite, plus haut, plus fort.

L’exigence de sortir de soi le meilleur.

L’exigence du geste parfait, du corps parfaitement entraîné.

Ce regard intransigeant sur soi, se voir avec lucidité dans toutes ses faiblesses pour mieux tirer parti de ses atouts. C’est se connaître, s’améliorer sans cesse.

Pourquoi poursuivre ce but? Eprouver et s’éprouver, se prouver. La recherche de sensations, se sentir davantage vivant, exister dans l’action, le mouvement.

Evidemment, même dans l’immobilité la flamme est là. Une façon de se tenir, de parler. Une droiture et une simplicité qui ne sont pas le fruit du hasard mais d’une culture minutieuse pour aller droit au but. L’intensité qui est la marque des grands champions.

Ce sont des flammes, feux croisés en accostant, feu relayé aux cinq continents.

Ce sont des étoiles insaisissables et inextinguibles nées en plein ciel, en plein vol.

Je retiens leur modèle, je me réchauffe de leur éclat toujours vibrant. Savoir vivre, oser se dépasser. Et surtout:  en suivant nos aspirations, en dépassant la crainte des jugements et la peur de l’échec, c’est maintenant que nous construisons demain.

Trois étoiles au firmament.

Trois étoiles au firmament.

Source photo: RTEmagicC_43598_ciel3_01_txdam34173_9dd4e4.jpg

26 novembre 2011 : Catherine Major

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J’ai pris ma place hier seulement.
Parce que j’avais peur d’avoir la flemme de ressortir un soir de semaine et prendre le périph.
Parce que je me disais que j’aurais d’autres occasions.
Puis j’ai pris ma place, parce qu’après tout j’avais plus de chance de la voir ici que chez elle, et puis parce que je n’avais pas de raison de me priver de ce concert, même si j’irai seule. J’aime les chanteuses québécoises de trente ans.C’est long les premières parties. Surtout quand c’est la vedette du coin dans la branche chanson française minimaliste, poésie zéro et musicalité au placard; ça fatigue parce qu’il faut suivre les mots a la lettre près, ça débite tellement que si on rate une phrase on perd tout le sens de la chanson. Les mélodies sont toutes semblables si bien qu’on est juste incapable d’en fredonner une seule, même les monodies moyennâgeuses sont plus vivantes…
C’est long d’attendre que le piano soit prêt, les câblages vérifiés, les spectateurs revenus à leur place après l’entracte; hé bien quoi? C’est maintenant que le spectacle doit commencer, non? Dans cette petite salle où le public n’a pas eu à se tasser, abonnés venus se distraire, sans savoir, sans forcément connaître…salle glaciale où je me tords le cou, les yeux au ras de la scène.

Et puis, la cheville de Catherine Major. Ses breloques, son déhanché lascif et frénétique autour du piano. Alors la, ils en restent cois! Elle impose, Catherine. Tellement qu’on n’ose, on reste suspendu à son souffle; la salle est glaciale mais soufflée par le respect qu’elle inspire.
Captivante, émouvante, puissante, fascinante. Ca n’est pas une chanteuse, c’est un animal. La grâce féline, la sensualité féminine, des mains graciles cerclées d’un poignet de fer. Je ne sais plus à quand remonte ma dernière vraie larme de concert, mon dernier frisson, assurément ce soir ils sont de retour.
Je le dis sans détour: en voilà une qui me ferait virer ma cuti en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, une voix orgasmique, les mots qu’il faut sur les notes qu’elle vaut. Si j’étais un homme, elle serait mon idéal féminin.
C’est mon bonheur du jour, et non des moindres. Je t’aime Catherine Major, follement.

Source photo : http://www.lapresse.ca/le-soleil/arts-et-spectacles/sur-scene/201202/24/01-4499219-catherine-major-plurielle-et-intense.php

Ma nuit avec…Stephan Eicher

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– Hum, je ne sais pas par quoi commencer, je vous vois et c’est comme si une pièce de mon puzzle de vie prenait forme devant moi. C’est un peu perturbant, et ça fait de vous presque un objet. Pourtant je n’y peux rien, vous faites partie de ma vie.

– Ah bon, je savais pas que je pouvais être une pièce de puzzle !

– Oui, depuis longtemps maintenant. Enfin comme pour plein de gens, je suppose. J’avais même pas dix ans quand je vous écoutais. Je faisais pas que ça : je chantais à tue-tête.

– C’est drôle, j’ai jamais fait de chansons pour enfants mais oui, je suppose qu’il y en a qui ont écouté mes chansons parce qu’elles passaient à la maison et qui ont grandi avec ça.

– A la radio, oui. J’ai ce souvenir d’un chalet en vacances, pour moi c’est la Suisse mais ça devait être le Jura. Toujours est-il que les montagnes, même les Pyrénées plus tard, les vacances et la fosse aux ours à Berne (hé oui), le vert surtout, tout cet espace, et votre voix, tout ça est lié. Ca vous dérange si je dis « tu » ?

– Non non pas du tout, je préfère je crois. Ca me fait me sentir moins vieux.

– (rire) Tu n’as pas d’âge pour moi, enfin de la même façon que je n’ai pas conscience de mon âge, alors je fais pareil pour les gens qui m’ont toujours accompagnée d’une façon ou d’une autre. Voilà, tu reviens et c’est toute une partie de ma vie qui revient avec et en fait là où je voulais en venir (je sais, c’était long mais bon), c’est que grâce à ta voix, tes chansons, je peux me remettre dans l’état où je me trouvais à cette époque.

– Ouhla, j’espère que c’est quelque chose de bon ?

– Oui oui, complètement. C’est comme euh…un bain de jouvence ? Peut-être pas, je suis pas une mamie, mais je retrouve toute la force, l’énergie et l’enthousiasme que j’avais, qui s’est parfois perdu.

– Mais on le garde ça, non ? On l’a toujours en nous. Pourquoi ça disparaît parfois, c’est parce qu’on ne sait plus l’écouter ou on ne veut plus peut-être ?

– Oui, tu as raison. On l’étouffe.

– C’est pas facile de suivre un chemin où on sent que personne ne nous attend, et des fois même c’est le contraire : on veut pas qu’on aille là-bas. « Quoi, c’est n’importe quoi, faire de la musique, il faut travailler blablabla… »

– C’est ça ! (sourire) Et puis c’est aussi une question de courage, savoir ne pas s’embourber dans le moule de la société, qui ne nous correspond pas. Et plutôt aller vers ce qui nous ressemble, sinon non est malheureux.

– C’est un peu la question du destin non ?

– Si tu veux, enfin sans employer de grands mots c’est faire des choix pour son existence. Et moi j’aime les choix que tu as faits, en tout cas ceux qui sont visibles pour ton public.

– Tu parles de la musique là ? Parce que si je te disais tous mes choix, tu serais peut-être déçue ?

– Ah ben, on en parlera plus tard ! (rires) Non, en fait euh…je sais pas comment dire ça sans te vexer ou quoi, c’est juste que là on est en 2015, et je vois que mince j’ai pris un coup de vieux, mais pourtant quand je t’écoute j’ai toujours dix ans, puis vingt, puis trente…et y’a tout un truc associé, comment te dire – tu connais les madeleines de Proust ?

– Oui, je connais cette anecdote, le parfum de la madeleine qui ramène Proust dans un souvenir lointain, c’est très imagé. J’aime bien ça, tous les sens sont mêlés et ça fonctionne de façon synchronisée, comme un orchestre un peu.

– Bon, alors mon histoire de souvenir de Suisse qui est en fait le Jura, c’était aussi pour te dire que je te retrouve en quelque sorte des années après, et que je t’aime toujours autant.

– Oh. (regard mi-amusé, mi-gêné)

– Je savais qu’on arriverait au moment de gêne où tu te dis « qu’est-ce qu’elle veut cette fille ? Elle parle pour rien, j’en ai rien à faire de ses histoires mais je suis bien obligé d’être poli parce qu’elle aime ce que je fais ». Et où moi je pense que j’ai honte de ne pas savoir transmettre aussi bien que toi ce que je voudrais, je suis gênée quand je dois parler, très impressionnée et en même temps j’ai envie de parler naturellement.

– Ah mais moi aussi, c’est pour ça j’ai fait de la musique. Parler, c’est compliqué et avec la musique, les mots transmettent davantage. Mais le silence aussi, c’est bien, non ?

– Ah oui ben si tu veux on fait un moment de silence.

(silence)

– Voilà, on a fait un petit silence, c’est rare et précieux. Evidemment, n’allez pas vous imaginer qu’on s’est regardé en chiens de faïence pendant cet instant – je ne sais pas qui était le plus gêné des deux, malgré tout c’était du plaisir d’être là simplement. Je crois que c’est un bon stratagème pour les chanteurs secrets, de proposer le silence. Ca t’oblige après à constater que chaque mot non pensé est inutile. Du coup je sais plus trop quoi dire.

– J’ai pas fait ça pour te mettre mal à l’aise, c’était pour profiter.

– Oui oui, j’ai profité, on a profité. J’ai pris conscience du luxe de t’avoir à côté de moi.

– Du luxe ? Ah, ça c’est quelque chose, pour moi le luxe, c’est pas très important. J’aime quand les choses sont simples.

– Mais le luxe ça peut résider dans les choses simples non ?

– Disons que les choses simples sont précieuses, alors que le luxe c’est un peu le vice non ?

– Euh…oui, si tu vas par là. Est-ce que dormir dans des belles chambres d’hôtel, c’est ton pire vice ?

– (rire) Je sais pas, je réfléchis…ah mais tu me connais un peu hein !

– Bah, oui quand même…j’essaie de te deviner aussi, mais c’est pas facile, tu es très secret sous des dehors éminemment sympathiques.

– Eminemment ?

– Eminemment, extrêmement quoi.

– Ah d’accord. Encore un mot, je rajoute. Les adverbes, j’aime bien.

– Oui, c’est pratique pour les rimes. Et donc peut-être que pire que ça, tu as la manie de manipuler tes interlocuteurs pour ne pas dire ce que tu veux taire ?

– C’est le jeu non ? Sinon, on répond directement comme la personne pense et ça va pas plus loin, on ne construit rien comme ça. C’est comme ça qu’on apprend à se connaître, si on dit tout tout de suite, alors ça n’a plus d’intérêt.

– Oui c’est le jeu, j’aime bien jouer à ça, c’est très agréable. Et puis là, on ne le voit pas, mais dans ce jeu y’a aussi le non verbal et ça c’est finalement presque plus parlant. Le non verbal, tu y penses quand tu chantes une chanson ? Est-ce que tu penses tes gestes, ta façon de te tenir, de regarder, en fonction de la chanson ? Est-ce que tu imagines des scènes associées au texte ?

– Hum pas toujours, je crois que c’est les notes qui me donnent le ton correct, donc non j’y pense pas je fais comme je sens et après parfois, je me rends compte que j’ai une attitude comme ci ou comme ça sur une chanson. J’ai pas bien compris la question je crois.

– Si, mais c’était idiot comme question, pardon. J’ai pas besoin de savoir comment tu interprètes, on va pas tout décortiquer, ça n’a pas d’intérêt du moment que ça me plaît.

– Ah oui d’accord, il faut faire comme tu aimes et le reste on s’en fout c’est ça?

– (rire) Euh oui je crois que c’est ça. Non mais tu vois, tu fais partie des très rares chanteurs que j’aimerai toujours je crois, parce que tu pourrais chanter n’importe quoi, je sais que ça me surprendra, que ça me plaira.

– Merci.

– De rien, c’est moi qui te remercie. C’est énorme d’arriver à plaire aussi longtemps à autant de gens. J’aime cette capacité qu’ont certaines personnes à se renouveler, tout en restant elles-mêmes. Donc voilà on en revient au début, je t’ai retrouvé avec tout ce que j’aimais chez toi et d’autres nouvelles choses que j’aime encore plus.

– C’est ce qu’on appelle vieillir non ?

– Haha, ça te tracasse ou… ?

– Pas trop non, je fais le constat que je vieillis mais j’aime ça je crois, je prends le temps, je suis moins idiot. Je vois les gens s’agiter autour, tout va plus vite…on est dans un monde où tout doit être fait à la seconde, dans la course. J’aime agir rapidement mais de façon pensée, posée.

– (sourire) Moi je dirais que tu es comme le bon vin, tu te bonifies avec le temps.

– Ah c’est bien français ça, hein ! Toujours le vin !

– Oh, je dis ça mais j’en bois pas. Mais j’aime cette idée de la bonification, on ne garde que le meilleur au fur et à mesure que le temps passe. Est-ce que tu aimes tes chansons du début, qu’est-ce que tu penses de tes albums de jeunesse ?

– Je faisais un peu autre chose au tout début, on était dans l’électro avec mon frère, euh…j’aimais ce que je faisais, aujourd’hui je fais des choses qui ont évolué avec ma vision de la vie, c’est normal non ? Donc comme le vin, j’ai éliminé la lie et je garde ce qui me semble le meilleur. Mais bon, les chansons que tout le monde connaît, c’est celles que j’ai accepté de chanter parce que je les trouvais bonnes, donc ce sont les meilleures de ce que je pouvais faire à l’époque. Je les aime bien surtout parce que je sais qu’elles font plaisir aux gens, si tu veux parler des chansons que le public réclame en concert. Pour moi aussi elles sont rattachées à des souvenirs, au moment de l’écriture. Mes chansons c’est beaucoup des reflets de rencontres.

– On ne s’en lasse pas, c’est vrai. Alors les nouvelles, tu les graveras pas, elles resteront à jamais éphémères le temps des concerts ?

– Oui, pour le moment je reste comme ça avec ces nouvelles chansons. Je me les approprie sur scène un peu plus à chaque fois, j’aime bien. Comme le public ne les connaît pas, je peux me permettre de les chanter tout seul sans qu’on me les réclame à tel ou tel moment, je les place comme je veux. Je peux changer l’accompagnement aussi sans que ça perturbe trop.

– En gros tu gardes la main-mise quoi.

– Ca veut dire, je les garde pour moi ? Je veux pas les partager ?

– Non, pas tout à fait…ça veut dire que tu empêches le public de s’en emparer d’une certaine façon. Et c’est drôle, parce que je trouve que ça rejoint bien la personnalité que je perçois – et si ça se trouve je me trompe totalement, je m’en excuse d’avance…- c’est-à-dire, j’ai l’impression que tu es profondément généreux, enfin je le sais, c’est pas une impression, et en même temps je sens que tu aimes diriger ta barque, maîtriser les choses. Je parle de façon générale là, pas forcément pour la musique.
(rien, aurais-je dit une grooooosse bêtise ?)
OK, on passe, je crois que je vais rester sur des questions plus discrètes.

– C’était une question ?

– Non, tu as raison, c’était pas une question ! (rire) Tu ne laisses rien passer, tu vois là j’ai bien la preuve ce que je disais juste avant, tu contrôles.

– Ca fait un peu macho dit comme ça non ? Ou alors psychopathe ?

– Non, ça fait partie du jeu dont on parlait tout à l’heure. Ca t’énerve qu’on te parle de la Suisse, et du fait que tu habites en France et tout ça ?

– Je n’ai pas la nationalité française et pourtant je vis ici la majeure partie de l’année. Mais je ne me sens pas Suisse non plus. Je sais pas c’est des trucs…un pays c’est pas ça.

– (sourire) Je crois que tu ferais un bon politicien malgré ce que tu en penses non ? Ou une sorte d’agitateur des consciences ?

– La politique non, le pouvoir tout ça…des conneries. Par contre, la voix du peuple oui c’est important. La démocratie participative, j’y crois. C’est pas quelques personnes qui peuvent tout décider, tout imposer. Il faut vraiment s’impliquer je crois, essayer de trouver des solutions ensemble.

– J’aime le fait que tu sois engagé, sans pour autant brandir d’étendard. Par engagé j’entends juste être dans une pensée, ne pas se laisser vivre sans réfléchir. J’admire ça chez toi, tu sembles en alerte, ouvert, sur le qui-vive.

– Il faut regarder autour de soi, y’a des choses qui vont bien mais pour ce qu’on peut changer, je crois c’est bien d’aller voir ce qui se fait ailleurs. On apprend toujours en regardant faire les autres.

– A ce propos, comment as-tu appris à jouer du piano ?

– Ah on est vite repassé à la musique là, c’est toi qui contrôles non ? (rires)

– (rire) Je suis gênée, j’ai l’impression de te faire perdre ton temps. J’ai entendu une interview de toi où le journaliste te disait simplement un ou deux mots à chaque fois, à partir duquel tu parlais de ce que ça t’évoquait. Evidemment c’était en rapport avec ton actualité du moment. Mais bon, on peut faire ça si tu veux. Tu peux parler de ce que tu veux, je sais qu’il y a énormément de sujets qui t’intéressent. On aurait pu faire un abécédaire tiens, 26 lettres.

– Une heure par lettre, ou bien ?

– Pourquoi pas, mais 26 heures d’affilée, je sais pas si je tiendrais sans dormir.

– Ah on pourrait se relayer non ?

– Oui mais moi je voudrais t’entendre, alors si je dors pendant que tu parles…

– Peut-être que si je dis des choses ennuyeuses, tu t’endormiras vite donc il faut que je tienne au moins jusqu’à la lettre M avec des trucs intéressants.

– OK, ben je t’écoute !

– (rire) Ca devient n’importe quoi cette interview, j’ai jamais fait ça je crois !

– Normal, c’est moi qui ai inventé ça. Ca me permet de faire parler tous les artistes que j’aime, comme si je discutais en vrai avec eux. Evidemment, ça peut mener à n’importe quoi, l’essentiel c’est que tu te sentes quand même un peu libre à travers mes mots.

– Donc je choisis les questions, ou bien ? J’ai une idée : on boit une tisane, ça va nous calmer un peu non ?

– C’est nouveau ça la tisane non ? C’est vraiment pour pouvoir jouer du piano sur scène ou c’est encore une ruse pour cacher autre chose ?

– Non non, c’est vrai…j’ai commencé le piano et j’ai vu ce serait plus difficile de jouer sans être très très concentré. Bon c’est normal, j’apprends alors tout est plus difficile, mais même quand je connais bien le morceau, y’a tellement de touches, je peux pas me tromper sans que ça s’entende. Alors voilà, je me suis mis à la tisane. Ca fait toujours rire, je sais pas pourquoi.

– Ca fait Ricola non ? Pardon. Moi je trouve ça classe en fait, ça va bien avec ton costume, tout ça…ça fait partie de la mise en scène.

– Y’a quelque chose comme ça oui, je pourrais plus prendre un verre comme avant et le poser sur le piano. Alors j’ai ma tasse.

– Bon alors, verveine, menthe, tilleul ?

– Verveine.

– En attendant que ça chauffe, un petit air au piano ?

– Euh, oui, allez. Tu connais cette chanson ? C’est une chanson suisse que j’ai reprise, et justement ben c’est pas la tisane, c’est…

– Campari Soda ??

– Oui !!

– Je l’adore.

(et là, THE moment…)

– Merci infiniment. En fait j’ai découvert seulement récemment que c’était une reprise. J’adore quand tu chantes en bernois, je comprends que la moitié et du coup ça me plaît, je me laisse bercer par les sonorités et uniquement ça.

– Oui, c’est ça que j’aime aussi quand je chante en français : parfois je comprends pas tout parfaitement mais j’ai du plaisir à prononcer les mots, les faire sonner.

– C’est ça. Bon, je crois que ça a infusé comme il fallait là.

– Oui oui. On va trinquer.

– A cette soirée bizarre ?

– A cette soirée bizarre !

– Merci infiniment à toi d’être venu jusqu’ici. Il y a tout ce qui s’est passé dans cette interlangue qu’est le non verbal, les gestes, le regard, le rire. C’était très riche. Il y a tout ce que j’ai pensé et que je n’ai pas dit, tout ce que j’ai dit et que j’aurais dû mieux penser sans doute.

– Merci, je crois je me rappellerai ça plus tard, quand j’aurais d’autres interviews plus classiques ! C’était un joli moment.

 

 

Merci à Stephan Eicher, nomade épris de poésie et insatiable curieux, qui manie comme personne l’art du mot dans une langue qui n’appartient qu’à lui. Je ne décevrai pas les fans en disant qu’il est resté fidèle à son image de beau brun ténébreux mais qu’il est surtout bien plus que ça : un artiste complet qui sait partager simplement, tout en restant exigeant et novateur dans ses choix. Un homme simple et noble, drôle et vif, qui vous saisit tout en restant discret sur lui-même. C’était infiniment délicieux, oserais-je dire comme un carré de chocolat suisse fondant ? De la magie sans doute. On le retrouve très vite sur les routes, bien sûr. ☺

 

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Check-up quotidien

Une routine en guise de check-up corporel et surtout vocal. Il s’agit à travers ces petits exercices d’affiner ses perceptions pour mieux détecter les changements et prévenir les petites douleurs de l’appareil vocal ou du corps en général.

Conscience de tout le corps: effectuer une rotation de la conscience, c’est se rendre attentif à chaque point de notre corps, alternativement à gauche et à  droite. La description qui suit s’inspire de la pratique du même nom observée en Yoga nidra.

Allongez-vous sur le dos, bras le long du corps, paumes tournées vers le sol. Prenez conscience de chaque partie de votre corps: commencez par les pieds, d’abord le droit puis le gauche, et remontez le long du corps en examinant attentivement les zones parcourues. Le but est de simplement actualiser sa perception, sans rien modifier. Des tensions, des picotements, une gêne? On laisse. On continue, doucement et en restant concentré. Une fois que vous avez parcouru l’ensemble du corps, entraînez-vous à percevoir alternativement le côté droit et le côté gauche, puis les deux ensemble. Procédez de la même manière pour ressentir le dessus du corps (la partie en contact avec l’air), puis le dessous du corps (la partie en contact avec le sol), et enfin l’ensemble du corps. Comment vous sentez-vous à la fin de cet exercice? Avez-vous perçu un changement par rapport à votre état initial? Où sont les zones détendues, celles restant à relaxer?

Conscience du souffle: allongé, une main sur le ventre, rendez-vous attentif à votre respiration. Comment va votre souffle aujourd’hui? Est-il plutôt situé dans le ventre (sous votre main), dans votre cage thoracique? Posez une main sur celle-ci pour mieux situer le flux respiratoire. Puis, essayez de respirer uniquement par le ventre: seule votre main située sur le ventre doit bouger. Gonflez-le à l’inspir, laissez-le se dégonfler à l’expir en accompagnement le mouvement pour bien expulser l’air restant. A présent, respirez seulement « par » la cage thoracique: le ventre ne bouge plus ou presque plus, sentez vos côtes s’ouvrir et tentez de rapprocher votre sternum du plafond. Faites quelques respirations de chaque manière, puis laisser le souffle se réinstaller de façon naturelle.

Conscience du mouvement: debout, yeux fermés, sentez vos pieds s’enraciner profondément dans le sol. Remontez mentalement le long de vos jambes jusqu’au sommet du crâne et ressentez cette verticalité. Testez votre équilibre en vous penchant légèrement de chaque côté, puis devant et derrière. Retrouvez la zone où vous avez la sensation d’être droit sans faire d’effort, comme si un fil sortant de votre tête vous reliait au ciel. Puis, fléchissez légèrement les jambes comme si vous vouliez vous asseoir et prononcez un « o » dans un registre grave mais agréable et sans effort pour vous. Remontez en inspirant et recommencez en émettant le son sur l’expir. A présent, faites le son « a » en écartant vos bras comme pour accueillir. Faites varier l’intensité, soyez attentif à la qualité du son: mâchoires relâchées, pommettes hautes. Ne forcez pas, restez dans votre zone de confort et explorez les variations d’intensité que vous pouvez y mettre. Toujours debout, une jambe devant l’autre, déplacez le poids de votre corps d’une jambe sur l’autre. Prenez votre temps. Faites des sirènes lors de ce déplacement, en évitant les ruptures: glissez vraiment d’une jambe sur l’autre, d’une note à l’autre. Elargissez l’intervalle entre les notes extrêmes en augmentant l’amplitude du mouvement. Encore une fois : tout en douceur, restez là où votre voix est confortable et votre corps aussi. Dernier exercice: mettez-vous dans la position d’un tireur à l’arc. Visez un point net   devant vous et au moment de tirer, faites un son que vous allez faire durer le temps qu’il atteigne la « cible ». Le but ici est d’allonger votre souffle en l’accompagnant de l’image mentale de la flèche qui traverse l’air jusqu’à toucher la cible; vous pouvez refaire cet exercice avec différentes hauteurs de notes, différents sons. Essayez de garder la même intensité jusqu’au bout: ne lâchez pas la note, la flèche ne doit pas s’effondrer avant d’avoir atteint la cible!

Voilà pour ce petit check-up, à vous de le tester et de le personnaliser en fonction de vos besoins et vos envies. N’hésitez pas à me faire part de vos expériences et de vos questions.